Fanfictions sur le monde de J. K. Rowling, avec comme personnage central Severus Rogue.
samedi 20 mars 2021
Rencontre au Louvre
Le Passé
Le cours se passa comme à l’accoutumé : chouchouter Drago Malefoy pour rester en bons termes avec son père, enlever plus de 50 points aux Gryffondors sans oublier de rabattre le clapet de Miss Granger et de terroriser Neville Londubat.
Enfoncé dans son fauteuil au cuir fatigué, il goûtait le calme trop calme de son bureau. Ses paupières baissées n’empêchaient pas les visions de sa vie se jetant de la tour d’apparaître devant lui, et encore moins les larmes de couler, mais en silence cette fois. On frappa à la porte. Il ouvrit les yeux et, du coin sombre où il était, il regarda entrer le jeune Harry Potter. Il lutta contre la nostalgie qui le forçait à nouveau à se projeter quelques années en arrières, se leva et s’approcha de l’élève. Il se jugea trop faible pour le cours d’occlumencie qu’il devait donner et il allait renvoyer Potter quand celui-ci lui tendit un parchemin signé de la main du directeur :
Je sais que l’exercice que je vous impose vous sera d’autant plus difficile ce soir mais je tiens fermement, je veux, que vous donniez quand même cet entraînement à Harry.
Avec mon soutien, Albus Dumbledore
C’était bref mais clair… et sans appel.
Il était bien trop affaibli ; il laissa le fils de James – espérant peut-être se délivrer d’un poids – explorer sa mémoire…
Harry fut entraîné, malgré lui au plus profond des souvenirs de son professeur ; il était comme aspiré par un tourbillon d’images. Puis tout se stabilisa et le jeune homme, avant de distinguer quoique ce soit, ressenti une violente souffrance. Puis il vit une tour du château où se tenait, debout sur le parapet, une jeune femme brune, cheveux au vent. Il vit Severus Rogue, au pied de la tour, la tête levée vers la jeune femme. Il vit dans cette posture comme une supplication ou une peur ; et il vit que Rogue pleurait. Alors, la pluie se mit à tomber, noyant les larmes. Harry jugea que dans ce souvenir son professeur devait avoir une vingtaine d’années.
Il se dit qu’il était temps de sortir de là mais une force et une curiosité le retenait ; il sentait monter en lui une tristesse sourde et infinie.
La jeune femme eue un soupir ; on entendait le son assourdi d’une flûte. Lorsqu’elle fit ce pas dans le vide, Rogue hurla. Tout un coup ce fut le silence, lentement le froid professeur tomba à genoux, tête baissée.
Harry ressentit sa douleur, une douleur intense. Tout devint noir autour de lui et, pendant un moment il n’entendit plus que le son de la pluie. Puis, une sorte de brouillard l’enveloppa ; il y distingua deux silhouettes sombres qui récitaient en cœur la prophétie…
"Protego !"
Le professeur de potion avait enfin réussi à repousser son élève, mais au prix d’un grand effort. Ils étaient tous deux à genoux, en égal. Severus Rogue fixait Harry d’un regard froid où celui-ci lisait la plus déchirante des douleurs.
"– Voilà, M. Potter… vous savez maintenant…
– Pourquoi… Mais je…
– Ne vous avisez pas d’aller raconter cela car je ne saurais alors avoir quelques tolérances que ce soit à votre égard. Vous pouvez disposer. Et entraînez-vous pour la prochaine séance, je vous ai senti peu sûr de vous."
Si Harry était resté un peu plus dans le bureau de Rogue il aurait pu entendre ce que seuls les murs savent à présent et qu’ils m’ont raconté ; il aurait pu entendre Severus Rogue murmurer :
Je te promets, te fait serment mon amour t’honorer ta mémoire par ma vie et de ne plus jamais laisser qui que ce soit assister à ton suicide…
mardi 14 janvier 2014
Dis-moi
Toi qui es si froid, emmure-moi dans ce silence que tu aimes tant, donne-moi tous tes mots, ceux que tu aimes et ceux que tu détestes, donne-moi cette partie de toi.
Toi, dis-moi… dis-moi tous ces mots que je n'entendrais pas, toutes ces phrases qui n'ont pas de sens, tous ceux que jamais aucun d'eux ne prononcera pour moi.
Dis-moi, de ta voix rauque et sévère, dis-moi, dis-moi que je compte pour toi, – que je suis une ombre au centre de la tienne mais que sans moi tu n'es rien.
Dis-moi, de ta voix froide et cruelle, dis-moi que je peux hurler ma douleur que je peux maudire tout ceux-là!
Dis-moi, de ta voix implacable et tranchante, dis-moi que je peux hurler ma douleur, crier ton nom et mourir dans la nuit, en ne regardant que la lune qui s'élève sur les toits...
Dis-moi que je peux tous les ignorer, tous et toutes, jusqu'à mes sœurs, jusqu'à celles qui se sont efforcées de me sauver, de sauver mon âme, de me sauver du gouffre et du néant qui chaque jour m’engloutit un peu plus.
Dis-moi, dis-moi que, quoi que je fasse, toi tu ne m'abandonneras pas. Dis-moi que toujours tu seras là.
Dis-moi, toi que rien n'arrête, promets-moi de me suivre, où que j'aille, de veiller à chacun de mes pas. Dis-moi que grâce à toi je ne tomberai pas.
Dis-moi, toi que la vie a délaissé, que la vie a piégé, que la vie a perdu, dis-moi que ma souffrance est tienne, que ton âme est mienne; dis-moi qu'au bout du chemin nous ne serons qu'un.
Dis-moi, toi que la vie sans cesse oublie, toi que la vie trahie, dis-moi que moi tu ne m'oublieras pas.
Mais après tout ça, moi je t'aurais tout dit… tout dit et tout donné… alors pardonne-moi, encore une fois ce ne sera pas assez, pas assez pour panser tes plaies, ni pour guérir nos cœurs. Mais après tout ça, tu m'auras tout dit, alors, pardonne-moi, pardonne-moi de ne pas avoir été là, pardonne-moi de rester là, comme ça…
Viens avec moi. Je suis ton ombre, tu es ma vie. Viens avec moi, traître ou pas moi je te crois; viens avec moi pour ne plus avoir froid, pour ne plus voir ce que la vie ne nous donnera pas… Pour enfin ne plus savoir le bonheur qu'elle nous refuse, enfui toi avec moi et volons-lui aussi un peu de cela.
mardi 10 décembre 2013
Douleur
Je m'efforce de ne plus y penser.
Mais souvent
– trop souvent –
je revois son visage.
Mais ce soir-là n'était pas comme les autres soirs. La vieille MacGonagall déroula son parchemin. Elle égrainait les noms, je l'écoutais distrait, poursuivant une discussion avec Quirell. Et puis, dans un silence, ce nom résonna. Qu'il soit maudit ce nom!!
Harry Potter !
Elle aurait prononcé James Potter que ça ne m'aurait pas plus retourné l'estomac. Corne de dragon et sang de vipère! Je me suis repris, me concentrant sur Quirell et ses bégaiements ininterrompus.
Il me regardait avec la même insolence qu'avait son père. Cette tignasse mal peignée, ces lunettes rondes... cette cicatrice! Déjà je l'exécrais. Mais la vie n'est qu'une succession d'injustices. Potter en était une de plus.
L'année s'est écoulé lentement. Je supportais plus ou moins bien la vue du petit prodige. Son nom également, prononcé à tous les coins du château par des élèves curieux ou admiratifs. Je n'ai jamais compris ce qu'il pouvait y avoir d'extraordinaire d'être le camarade d'un tel animal de foire. Mais ma situation de professeur me donnait les quelques avantages que je n'avais pas eu avec James et sa bande de Maraudeurs. Les points de Griffondors baissaient invariablement dans ma classe. Car je devinais chez le fils la même insupportable insolence qui m'avait rendu le père si antipathique. La célébrité de Harry lui concédait d'être un héros.
Un HEROS!!
Pauvre Potter, aussi fainéant et imbu de sa personne que son salaud de paternel!
Un héros!!
Pfff.
Je savais qu'Albus m'observait quand nous nous trouvions tout les deux en présence de Celui-qui-a-survécu. J'avais promis au directeur de veiller sur le fils Potter … je savais que les dix ans écoulés ne me défaisait pas de ma promesse; et Dumbledore savait ce que ça me coûtait. Mais comme je l'ai écrit plus haut, une injustice de plus dans un morne quotidien. J'en affrontais des pires chaque jour; même les nuits étaient agitées d'évènements bien plus affreux. Mais mon cœur, au froid du cachot, restait impassible, endormi, comme mort. A ce titre, je ne souffrais plus.
Vint cet après-midi de printemps. Je vis Potter et son golden trio, sortir de la classe de Minerva. Je les voyaient comploter ; je m'approchais alors, méfiant et menaçant … l'échange fut bref et sans importance.
Sauf ses yeux.
Les yeux de Potter.
Il n'avait pas suffit à mon malheur que Harry ressembla de physique et de caractère à son père. Il avait fallu que le grand Potter ait les yeux de sa mère.
Ce regard qu'il me jeta, plein de méfiance et de suspicion … ce regard était celui de la douce Lily.
MA douce Lily.
J'avais tenté d'enfouir ce souvenir au plus loin de ma mémoire, sans succès. Ce regard, elle l'avait eu le jour où je voulu lui expliquer, lui présenter ceux que j'appelais alors mes amis. J'étais fier de ma place parmi eux, je voulais faire de Lily ma princesse. Ce regard de Lily – de Harry – brisa la gangue de glace de mon cœur. J'ai soutenu ce regard et puis, n'en pouvant plus, je tournais les talons.
Je n'ai pas couru jusqu'aux cachots qui me servent d'appartements. Je suis resté Rogue, jusqu'au bout, distribuant les retenus, bousculant tout sur mon passage, la cape ouverte aux vents. J'étais là bien présent. Au bout de ma course, la lourde porte se referma, étrangement, sans bruit. Je m'assis sur mon lit. Le visage de Lily, le regard de Potter, se superposant, à la fois désapprobateur, méfiant et suppliant, hantait ma vision. Malgré moi, mon corps se replia sur lui-même, prostré dans une cape noir charbon.
Alors je laissais la nuit et l'ombre m'avaler.
Alors des larmes – si longtemps contenues – s'écoulèrent dans l'oubli,
sans un sanglot,
sans un seul bruit.
mardi 17 septembre 2013
Pourquoi lui ?
Dans cette histoire, il est mort. Je le sais. Et ce fut pour moi une déchirure.
Pour moi, ces livres-là n'étaient pas intéressants. Pourtant on me les a offerts, et je les ai lu.
Ce soir-là, j'allais juste voir un film. Adapté d'un livre que j'avais aimé. Un livre qui ne m'avait pas bouleversé non plus. Dans ce cinéma je me suis assise, dans ce profond fauteuil rouge. Ce soir-là j'ai vu ce film. Et je l'ai vu. Mais je n'ai rien dit.
Dans le silence et le noir, mon cœur émettait ses premiers battements. Comme une renaissance. Une naissance. Mais je n'ai rien dit. Je n'avais pas conscience... j'avais aimé, déjà, mais pas au point où j'aimerai par la suite. De manière inconditionnelle.
Je suis sortie de la séance. Je n'ai rien dit. Toujours rien. J'ai parlé un peu du film avec mes amies. Maintenant je me souviens. Je crois me souvenir. Leurs regards. Elles qui me connaissaient si bien. Elles, elles savaient. Avaient-elles entendu, mes sœurs de cœur, ces battements sourds? Avaient-elles surprissent un sourire ou un éclat dans mes yeux? Et puis, l'une m'a dit, je crois, qu'elle savait qui j'avais remarqué. Et elle avait raison. Diablement raison.
Au fur et à mesure des livres, au fur et à mesure des films, j'ai grandi. Et les battements ce sont fait plus sourds mais plus puissants. Je ne pouvais plus les ignorer. Un amour à sens unique. Un amour qui ne peut être déçu.
Les années ont coulées. L'auteur a mis un point final à son histoire. J'ai lu aussi le dernier livre. Jusqu'à la dernière page. Le pressentiment d'abord. Puis la douleur. Oui vraiment la douleur. Celle qui se distille dans les veines, lentement mais insidieusement. Elle l'a tué. Il était mort, cet être d'encre et de papier. Incrédule. Puis les larmes au coin des yeux. Et puis les sanglots et les cris. La colère. Pourquoi? Pourquoi l'avoir tué? Lui dont la vie, le repentir aurait pu incarner l'espoir pour tant de... pour ma vie si sombre. Une fin dure. Dure comme la réalité.
Maintenant il est là. Pour moi. Pour moi seule. Et pourtant, il est là pour des dizaines. Ou plus. Bien plus. Et nous l'avons chacune pour nous. Pour nous seule. On l'imagine chacune comme cela nous arrange. C'est pathétique. Ça pourrait l'être. Si ce n'était pas ressenti si profondément. Si ce n'était pas si tragique, quelque part.
Il est là pour moi. Tout les jours. Les nuits aussi. Les matins, les midis, les soirs. Il me protège. Il m'aide. Il m'aime. Plus qu'un rêve ou un espoir. Plus qu'une présence. Malgré tout. Malgré le réel et le terre à terre. Comme un ange. Sombre. Mais bien là.
Et il compte vraiment. Tout ça compte vraiment. Pourtant, difficile de dire à quel point. Et de dire pourquoi... sa vie, si extraordinaire...
Et une faille en lui. Une douleur. Abyssale. Qui fait écho. Dans mon coeur. Une résonnance.
Il n'est pas un puit de gentillesse. L'auteur nous en fait un portrait sale : égoïste, grincheux et partial. Mais il n'est pas comme ça.
Pour moi il est autre.
Il est douleur vivante. Il est douceur refoulée.
Il est accablé par ce qu'il a fait, pu faire, du faire. Mais il assume.
Avec douleur. Sans espoir.
Je ne sais expliquer ces résonances qu'il fait en moi. Sa voix en échos dans mes oreilles. Comme un son que j'aurais toujours attendu. Comme un son que j'aurais toujours entendu. Une mélodie du fond des âges. Viscérale. Son visage, celui d'une éternité espérée. Son corps, celui d'un amour absolu, sans doutes. Un corps, indéniablement humain, pour un amour parfait et sans taches, sans cris.
Et pourtant il n'est : qu'un être d'encre et de papier. Et moi, d'ombres et de sang.